5 animaux complémentaires au potager

Le jardinier des années 2020 l’a bien compris: l’intérêt d’un jardin ne se limite pas à la culture et à la contemplation de plantes ornementales. A ce plaisir se rajoutent désormais ceux de cultiver un potager et un verger, de comprendre le fonctionnement de la terre, d’apprécier la visite des animaux qui migrent ou vivent à demeure, de s’y dépenser physiquement…  et de s’y détendre.

Le hérisson, un allié du jardinier qui ne manque pas de piquant

Hérisson coincé dans le grillage d’une lectrice

L’été dernier ce sont les groseilles bien mûres de Juliette, lectrice du blog Mon Petit Coin Vert, qu’un hérisson qui a voulu inscrire à son menu nocturne. Cela qui lui arrive occasionnellement et change de l’ordinaire (insectes, vers de terre, vipère, petits œufs,  limaces, escargots, grenouilles, crapauds, etc.). Cet animal, excellent allié du jardinier, a l’habitude de chasser – à l’ouïe et à l’odorat – dès que le crépuscule s’annonce. La question qui se posa alors à Juliette n’était pas anecdotique : comment cet animal pouvait-il se trouver dans ce jardin clos, alors même que pas un espace au ras du sol ne permettait de se glisser sous le grillage et que des murs et un grillage le ceinturent par ailleurs? La réponse nous fut donnée par un spécialiste de la faune sauvage (Robert Hainard) : « le hérisson est habile et pas mal escaladeur. Un mur ou un grillage ne le font pas rebrousser chemin : il grimpe à la verticale et une fois la haut, se met en boule… puis se laisse tout simplement tomber au sol. Ses épines amortissent le choc et le voilà dans la place ! »

Pour Juliette qui -quelques jours auparavant- réussit à le suivre discrètement, à la nuit tombante, son observation est fort instructive : il flaire un petit coup par ci par là, croque un insecte ou un escargot, et repart en trottinant vivement. Sa nuit aurait donc été paradisiaque si un filet -parmi d’autres dangers- ne s’était trouvé sur son passage, où il s’empêtra le corps. Dans le cas présent, quelques coups de ciseaux délicatement donnés ont eu raison de sa prison. Après quelques minutes de récupération du stress vécu il s’est réfugié en trottinant dans un bosquet voisin. Potentiellement son espérance de vie est de 10 ans; dans la réalité elle est souvent réduite à 2-3 ans, à cause des voiture qui en écrasent… plus de 10 000 chaque année. Au jardin une petite caisse recouverte d’une bâche imperméabilisante et placée à l’ombre lui permet d’hiberner pendant environ cinq mois.

La chauve souris, petite souris volante

Observées dans un port breton l’été dernier, vers minuit, une bonne trentaine de ces mammifères (pipistrelle) avait déserté l’arrière des volets, les trous de murailles, arbres creux, cavités d’écorce qui leur sert de refuge diurne. Captivées par la recherche de nourriture elles apparaissent désormais au dessus de l’eau des bassins dès la tombée de la nuit, se jouant avec une aisance stupéfiante des mats, drisses, et haubans qui sont autant d’obstacles  potentiels ne leur posant absolument aucune difficulté à leur vol. Ces slaloms incessants –qui les mènent parfois à quelques centimètres de notre main- ont pour objectif le remplissage de leur estomac. Au jardin et en campagne ces mammifères régulent efficacement et nuitamment les populations d’insectes qui nous piquent le jour, le plus souvent sans même qu’on les remarque. Les ultrasons qu’elle émet (42 à 49 kHz) nous sont imperceptibles. Un naturaliste a observé qu’en un soir l’un de ces mammifères peut dévorer 280 mouches domestiques (mais aussi des moustiques, sauterelles et autres insectes) ce qui peut paraître beaucoup pour un animal qui ne pèse pas lourd (4 à 8 g) et mesure environ 20 cm d’envergure ! elle peut vivre 17 ans et se camoufle l’hiver dans les troncs d’arbres, grottes, rochers, greniers.

Le gendarme, punaise rouge championne de l’accouplement

Jusqu’au début de l’été ce pied d’angélique était vaillant, vert franc et porteur d’une myriade de graines en cours de maturité. Puis, subitement, le jardinier qui en a la charge a découvert le pot aux roses ; si l’on peut dire. Des dizaines de punaises se faisaient la cour sur les ombelles aériennes. Jolies comme tout et soucieuses du détail – le dessus de leur corps présente une robe rouge rayée de noir, le dessous une robe rouge ponctuée de noir. Ces insectes qui répondent à l’impossible nom de pentatome rayé parcourent la plante en tous sens, à la recherche d’un(e) compagnon(gne). Les adultes s’accouplent dos à dos et c’est le plus fort qui avance; cet accouplement  peut durer des heures. Cette espèce de punaise est abondante sur les fleurs d’Ombellifères (angélique, cerfeuil, aneth, persil…) et les fruits de tilleul. Elle sécrète une substance nauséabonde qui vise à la protéger, elle, ses larves et ses œufs. Autre punaise, bien connue celle-là, le « gendarme », rouge vif à tâches noires, tire probablement son nom de la similitude qu’elle offre avec les costumes que rouge et noir, portés autrefois par soldats et représentants de l’ordre. Les gendarmes, comme toutes les punaises, piquent la sève, mangent des végétaux et animaux, et même d’autres gendarmes. Qui l’eut cru : le gendarme est un loup pour le gendarme ! Au jardin la punaise aide à la décomposition des plantes et régules parasites en se nourrissant d’œufs de pucerons et de cochenilles.

La salamandre, jadis bête du diable

D’un naturel plutôt solitaire la salamandre se rencontre en toute fin de journée ou, mieux encore, pendant la nuit qu’elle affectionne. Elle est particulièrement facile à identifier: déplacements très lents, robe camaïeu de noir et jaune luisants, aspect potelé, œil globuleux. En campagne et au jardin elle vit toujours à proximité de l’eau: bois humide, mare, fontaine et cours d’eau sont indispensable à ses besoins. L’hiver elle hiberne dans les lieux humides et doux (puisard, lavoirs, cave, grotte, creux de rocher…). Son espérance de vie est d’une vingtaine d’années ce qui, pour un animal de 40 g n’est pas si mal!

Son système de défense contre les prédateurs est très efficace. Qu’on en juge: son épaisse peau est dissuasive par le contraste des couleurs qu’elle présente; lorsqu’un carnivore audacieux la met en bouche, ses glandes cutanées libèrent une neurotoxine – le salamandrin – qui « brûle » les muqueuses; elle peut, enfin, libérer un jet de ces toxines jusqu’à un mètre de distance. Puis, comme si cela ne suffisait pas, elle est capable de régénérer une partie de son corps sectionnée ou blessée (queue, patte, etc.). Pour toutes ces raisons autrefois non expliquées, l’homme, dans sa grande ignorance  la désignait comme œuvre du diable dont elle porte les couleurs. Son sort n’était alors guère enviable: jetée au feu, clouée sur la porte d’une étable ou empalée sur une branchette, l’inoffensive salamandre agonisante accomplissait sa dernière fonction. A savoir calmer les peurs irrationnelles de l’Homme.

Aujourd’hui protégée en France et en Europe, pour cause de raréfaction des lieux de reproduction et de mitage de son biotope, la salamandre se révèle précieuse au jardin. Son régime alimentaire se compose de larves d’insectes, d’araignées, de limaces, cloportes… vers de terre.

Limace, irritant mollusque

Le début de printemps s’accompagne souvent d’un défilé de limaces dont la lente et inexorable transhumance vers les jeunes légumes a le don de mettre à cran de nombreux jardiniers. Au jardin ce n’est pas une mais de multiples espèces de ces gastéropodes (ayant l’estomac dans les talons) qui se gavent de nos tendres salades. La grande limace orange apprécie les lieux humides et bocagers, la loche de couleur grise vit au ras des pâquerettes; quant à la petite limace noire, dite « horticole », son logis se situe dans les premiers centimètres du sol. Leur forfait culinaire est signé par une trace de mucus brillante. Une méthode très facile permet d’avoir une idée de l’importance de leurs colonies: il suffit d’inspecter avec minutie quelques plantes en soirée, à l’aide d’une lampe de poche.

Les méthodes de lutte et de dissuasion sont nombreuses; en voici quelques unes :

  • Certains jardiniers se contentent d’un ramassage à la main.
  • D’autres ceinturent les plantations d’aiguilles de pin, d’écorces grossières, ou de cendre (inefficace s’il pleut!).
  • Les derniers disposent des pièges à bière (un petit pot plastique est placé dans le sol, le rebord effleurant la terre, puis de la bière est versée jusqu’à 1 ou 2 cm du rebord, le tout est coiffé d’une tuile ronde) ou dispersent sur le sol ou dans des récipients des granulés à base de phosphate de fer.

Ces derniers ont un effet coupe-faim qui n’est pas immédiat mais permet tout de même de réguler la population. Le bidon d’eau de 5 litres, vide, constitue enfin un étonnant procédé efficace, à condition d’en accepter l’aspect peu esthétique qu’il donne au potager: il suffit de coiffer les salades et autres légumes de cette cloche à bas coût jusqu’à ce qu’ils soient assez vigoureux pour supporter l’action de ces prédateurs.

Chenille, fille du papillon

Une chenille c’est la larve du papillon, avant qu’elle ne se transforme en cette étonnante forme intermédiaire, riche en métamorphoses, connue sous le nom de chrysalide. La chenille ou les chenilles? En effet il en existe des centaines d’espèces dont quelques-unes sont bien connues des jardiniers:

  • piéride du choux
  • teigne du poireau
  • tordeuse des pousses de peuplier
  • cheimatobies du pommier

Leur point commun: elles n’aspirent qu’à une chose, manger le plus possible de boutons floraux, feuilles, tiges, etc. Les dégâts sont parfois si importants, en peu de temps, que les feuilles sont réduites à l’état de squelette; c’est le cas chez les choux de diverses espèces. Les méthodes préventives, dans un jardin équilibré c’est à dire où le jardinier a favorisé la biodiversité, suffisent le plus souvent à limiter les populations. L’effet des chenilles sur les plantes est alors tout à fait acceptable, ne dépassant guère 10% des organes touchés. En cas d’infestation alarmante la pulvérisation de cristaux toxiques sécrétés par une bactérie (bacille de Thuringe) est très efficace. Bien entendu cette pulvérisation ne doit se faire que sur les plantes infestées: les autres chenilles doivent être préservées!

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