L’hellébore, rose de Noël et beauté du diable

La « rose de Noël » tient du docteur Jekyl et de M. Hyde. Côté face cette vivace est très attractive par ses fleurs, blanches comme la neige, côté pile, l’homme doit se méfier du pouvoir destructeur de ses racines, noires comme l’ébène.

Des fleurs de toute beauté

hellebore rose
Une hellébore rose

C’est en hiver que les fleurs des hellébores s’épanouissent en toute beauté. Les corolles franchement ouvertes laissent apparaître des sépales colorés de blanc, jaune, rose, pourpre, etc. Sur ces toiles de fond, se rajoutent parfois des tâches, mouchetures et autres picotes. Ces fleurs, qui se cultivent aussi bien en sac, bac, pots, qu’en pleine-terre peuvent aussi être simples ou doubles. Ces plantes vivaces peuvent s’acquérir à partir de 6-10 euros. A condition de les trouver conditionnées en petit contenant. À raison d’une densité de 4 plants par mètre carré l’acquéreur peut constituer une belle scène de mi-ombre à peu de frais. Ceci est d’autant plus vrai que cette scène bénéficiera d’une durée de vie de plusieurs décennies.

Aguicheuse et peu frileuse

L’hellébore de Noël, contredisant son nom, fleurit le plus souvent à partir de mi-janvier, et se présente donc à nos yeux sous la forme d’une vivace plutôt aguicheuse, mais qui, déjà, triche avec ses fleurs dont les pétales n’en sont pas. Ce sont en réalité les sépales (souvent verts chez les plantes à fleurs) qui se sont déguisés et ont pris leur place. Leur origine montagneuse les met à l’abri des grands froids, ceci jusqu’à – 30 °C . Et leurs belles fleurs blanches, teintées de rose parfois, ne fanent pas vite, conservant leur tonus, ce qui a le don de réjouir au plus haut point n’importe quel jardinier, même s’il affiche un caractère des plus placide. La floraison est plus généreuse lorsque la plante est placée dans une atmosphère semi-ombrée, ce qui lui rappelle les sous bois et lisières forestières qu’elle colonise volontiers lorsqu’elle pousse naturellement.

Fatal bouillon de onze heures

Une hellébore blanche
Une hellébore blanche

Il fut une époque funeste où les hommes s’adonnaient volontiers à la pratique du « bouillon de onze heures ». Ce qui revenait à dire qu’ils empoisonnaient (au XVII ème siècle « donner le bouillon » à quelqu’un, c’était l’empoisonner) sans scrupule leurs semblables. C’est dans le cadre de cette pratique qu’apparaît la dualité de l’hellébore. Belle le jour, elle peut se révéler diabolique et sombre comme la nuit, période de toutes les trahisons. Certains sorciers bien informés arrachaient la racine à la pleine lune en scandant des incantations qui renforçaient le pouvoir de la plante. Côté bénéfique, ces racines agitées au dessus du bétail le protégeaient. Par ailleurs, la poudre des mêmes racines pulvérisées sur un individu le rendait invisible (la recette s’est visiblement égarée). Côté néfaste, l’analyse de toutes les parties de la plante fait apparaître qu’elles contiennent des glucosides cardiotoxiques qui constituent, ni plus ni moins, un poison foudroyant, pour peu que la dose soit forte!

Il est étonnant de constater que les racines d’hellébores noires ont été utilisées depuis les années 1500. Et ceci jusqu’à la première partie du vingtième siècle, de façon très courante dans de nombreux pays européens. Il est cependant également possible que les docteurs qui prescrivaient ce remède dans de très nombreuses situations (vomitif, diurétique, purgatif, paralysie, mélancolie, maladies mentales diverses…)
maîtrisaient bien les posologies. Mais il est à craindre que certains aient eu à payer de leur vie, l’ingestion de ce qu’il faut bien considérer aujourd’hui comme un « médicament » très toxique. Les cas de folies étaient notoirement soignés à l’hellébore, ce qui fait dire au lièvre, dans « Le lièvre et la tortue », la fable de La Fontaine: « Ma commère, il faut vous purger avec 4 grains d’hellébore! » Les grains figurent ici une mesure de poids (0,53g) et les raisons de la purge sont que la tortue est bien folle de défier le lièvre à la course à pied!

Origine du mot

L’hellébore tire son nom du latin helleborus, qui désigne l’hellébore orientale, employée comme remède contre la folie. De cette utilisation résulte l’un des noms populaire de la plante: herbe aux fous. L’hellébore noire, (aux fleurs blanc-rosé) commune dans nos jardins, tient son nom de la couleur noire de ses racines.

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