Quel avenir pour les fermes urbaines ?

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Effet de mode ou simple fantasme : les fermes urbaines questionnent et interpellent. Si certaines personnes les considèrent comme des projets à encourager, d’autres y voient une tentative désespérée de sauver une filière agricole qui peine à tenir ses promesses. Les avis divergent, ce qui pose le cadre d’un débat critique que l’on espère constructif.

Quoiqu’il en soit, il reste difficile d’ignorer ces espaces de cultures qui s’épanouissent sur les toits des immeubles dans les zones urbaines. Leur avancée semblant irrépressible, il convient de s’interroger sur leur portée. Que peut-on en attendre, quel avenir pour les fermes urbaines ?

L’agriculture à la conquête des villes : la course à l’innovation

Ferme urbaine en hydroponie sur un roof top à Paris

Les fermes urbaines n’ont pas vocation à supplanter celles de la campagne, même si une telle ambition, en l’état actuel des choses est hautement improbable. Le terme « ferme urbaine » semble ici un peu abusif, vu qu’il désigne majoritairement, la culture de fruits, de légumes, de champignons, d’herbes aromatiques ou de fleurs comestibles. Même si la culture urbaine est loin de faire l’unanimité, elle n’est pas sans avantages. Notre reportage à la ferme urbaine du trichon à Roubaix en est le parfait exemple.

Elle permet d’inaugurer de nouveaux modèles d’agriculture ou de perfectionner ceux existant. Les friches urbaines servent en quelque sorte de laboratoires grandeur nature et mettent en exergue différentes techniques, dont l’aéroponie et l’hydroponie. Afin d’optimiser la rentabilité de la production, de nouvelles idées sont expérimentées. Les producteurs font preuve d’une grande ingéniosité dans leur approche de ce type de culture en tirant profit des moindres ressources disponibles.

Les fermes qui fleurissent dans des villes comme Saint-Nazaire, Nantes ou Paris sont la juste reproduction de modèles de cultures urbaines éprouvées, mais font aussi la part belle aux innovations. Ainsi, quand ils ne poussent pas dans des bacs ou sur du substrat, les plants se développent dans des conteneurs ou des vitrines réfrigérées. Il y a une recherche constante d’amélioration, qui pousse les acteurs du milieu à se surpasser et à faire fi des contraintes qui s’imposent à eux (manque de surface, de moyens économiques et/ou techniques).

Ferme urbaine : des modèles économiques divers

Les fermes verticales proposés par la société Infarm

L’agriculture urbaine mise beaucoup sur le high-tech pour s’affirmer. Elle constitue par conséquent, une formidable vitrine d’exposition pour de jeunes entreprises qui s’approprient le concept. Certaines start-ups comme Agripolis, d’Agricool et d’Infarm se démarquent par leur discours et leur implication dans ce genre d’initiative. Il est vrai que le modèle économique de ce secteur est balbutiant, mais cela laisse de la place à de nouvelles approches. Ainsi, pendant que des entreprises choisissent de vendre directement leur production, d’autres préfèrent s’appuyer sur un modèle de services. C’est notamment le cas d’Infarm, une start-up allemande qui permet à ses clients d’intégrer des unités de culture dans leur espace de travail.

La promotion du circuit court

Un argument de poids qui offre peu de prise aux critiques et qui légitime en quelque sorte l’agriculture urbaine. Le circuit court, ce n’est pas seulement la garantie de produits frais, c’est aussi la possibilité pour les villes d’être moins dépendantes de l’extérieur. Ainsi, quand les circuits logistiques viennent à se dégrader, il reste l’espoir de compter sur des producteurs de proximité. Le concept des fermes urbaines change le rapport à la nature et sensibilise sur des questions d’ordre environnemental. L’impact est tel qu’on voit se développer des formations en jardinage et en techniques de culture hors-sol pour faire perdurer la pratique.

Fermes urbaines : des réserves à prendre en compte

Les fermes urbaines sont certes portées par des idées novatrices, mais elles présentent aussi des inconvénients majeurs.

Le coût : le talon d’Achille des cultures urbaines

Le peu d’espace disponible pour la culture urbaine revient cher. La différence de coût entre des projets développés dans la campagne et en ville est énorme. Pour des projets de même envergure, il faut prévoir un budget beaucoup plus conséquent en ville (entre 3 et 10 fois plus), dépendamment des prix du foncier et de la zone choisie. Pour garantir la viabilité des produits, l’investissement dans du matériel, de la main d’œuvre qualifiée et dans la recherche et le développement est inévitable.

On notera aussi la nécessité d’engager des travaux pour adapter les espaces acquis au jardinage et à l’agriculture urbaine. Tout cela concourt à l’envolée des coûts de production, réduisant fortement la marge des producteurs. Le prix de vente final s’en ressent fatalement : la salade produite par Agricool est par exemple vendue à 3,20 € les 100 grammes, un prix supérieur à celui du marché.

Quid de l’impact écologique ?

À force d’optimisations, l’agriculture urbaine peut se prévaloir d’un meilleur rendement au m², comparativement aux cultures traditionnelles. Même si les chiffres sont impressionnants, il y a une contrepartie : l’impact écologique. Le principal point noir concerne les dépenses énergétiques dues à la gestion des installations, qui restent élevées. Les fermes urbaines sont donc en proie à un paradoxe qui reste tenace, en dépit des efforts en faveur d’une agriculture plus responsable.

Ferme urbaine : une agriculture limitée par ses moyens

Le potentiel des fermes urbaines est indéniable, mais est-ce suffisant pour combler les besoins des villes ? La réponse est « non » ! Rapporté aux exploitations agricoles classiques, le nombre de fermes urbaines reste ridiculement bas (près de 400 installations en France, contre 448 000 champs agricoles traditionnels environ). Si l’on prend l’exemple de la capitale française, la production issue des cultures urbaines, ne suffirait pas à couvrir 1/10e des besoins en aliments frais de la population. Pour l’heure, il ne peut donc être question d’autonomie alimentaire sur la seule base des cultures se développant dans les cités.

En somme, les fermes urbaines portent en elles le germe de l’agriculture de demain. Mais elles restent encore perfectibles et gagneraient à être améliorées. Elles représentent par ailleurs un modèle qui est appelé à être complémentaire de l’agriculture traditionnelle. L’implication des politiques et des acteurs économiques aidant, ces fermes peuvent contribuer à l’émergence d’exploitations agricoles mieux maîtrisées et éco-responsables.

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