Quel est le rôle des vers de terre ?

On ignore souvent que sous nos pieds, au jardin, vit un peuple d’animaux qui jardinent pour nous, rendant le bêchage inutile. C’est aussi le cas dans nos bacs, pots et jardinières. Prêts pour un voyage en pays inconnu… Mais tout à fait  proche ?

Une infinité d’êtres vivants peuple le sol, domaine de l’ombre. Les plus gros, visibles à l’œil nu, constituent la macrofaune. En voici quelques exemples, parfois inattendus: limaces, escargots, larves d’insectes tel le hanneton, vers de terre, cloportes, mulots, crapauds, salamandre (photo ci-dessus), taupes, serpents, lézards, etc. Les plus petits, qui nécessitent l’utilisation d’une loupe à fort grossissement ou d’un microscope sont moins connus du grand public. Ils constituent la microfaune et microflore: nématodes, bactéries, champignons, algues… Tous ces êtres vivants jouent une partition qui nous échappe en grande partie. C’est un peu comme si nous entendions la musique d’un orchestre, sans avoir conscience que derrière l’harmonie produite se cachent plusieurs musiciens, chacun jouant sa partition.

Le cas des vers de terre, intestins du sol

Un enfant de 5 ans identifie, sans hésiter le plus souvent, le ver de terre, connu également sous la nom de lombric. Et pour cause: les vers de terre sont extrêmement présents dans une terre en bonne santé. Leur masse, sur un hectare, peut représenter 1 à 3 tonnes ce qui, ramené au nombre d’individus équivaut à pas moins de 2 millions de vers! En terme de biomasse par hectare, tous les autres animaux terrestres sont loin derrière, y compris les cerfs, « rois » de nos forêts! La réalité étant toujours plus complexe que ce que nos yeux nous laissent voir, il n’existe pas un vers, mais des vers de terre. Pour simplifier, les vers dits épigés sont petits, rouges et vivent en surface. Ils se nourrissent de matière organique.

Lombric_au_jardin
« Elle est où la bouffe ? »

Les vers dits endogés sont de taille moyenne, creusent des galeries surtout horizontales et mangent un mélange de terre et de matière organique. Les gros vers de terre, enfin, dits acéniques sont les lombrics. Ascenseurs très actifs, ils ingèrent en surface, la nuit, les débris végétaux et la terre qu’ils redistribuent en profondeur tout au long de leurs galeries verticales. Pour se faire une idée de l’importance des masses de terre qu’ils absorbent et libèrent, après digestion, il suffit de faire parler les agronomes: en un an et sur un hectare (100 m X 100 m, soit 10 000 m2) en moyenne 400 tonnes de terre passent par leur tube digestif!

Ça sert à quoi un ver de terre?

A quoi sont donc utiles les 100 000 vers de terre qui peuplent un jardin de taille moyenne (500 m2). Les vers – petits, moyens et gros – enrichissent la terre en matière organique, source première de leur alimentation, la rendant plus fertile. Cette matière organique prélevée en surface, mélangée par moyens et gros vers à de la terre, va être broyée au cours du transit et dégradée partiellement. Matières organiques et particules de terre vont commencer à se lier les unes aux autres. Au sortir du tube digestif le mélange est devenu bien plus riche que la terre d’origine, devenant selon l’élément minéral considéré (azote, phosphore, potassium, calcium…) de 2 à 7 fois plus concentré qu’au départ.

Fonctionnement de la vie du sol
Les fonctions de la faune du sol

On voit parfois ces excréments sous la forme de mini-terrils, les turricules, à la surface du gazon ou du potager. En creusant leurs galeries horizontales et verticales, les vers de terre agissent bien mieux que le jardinier et sa bêche. Les milliers de kilomètres creusés à l’hectare, essentiellement dans les 30 premiers cm du sol, sont autant de petits tunnels qui permettent l’aération du sol, sans quoi les racines et la faune du sol périraient rapidement. Ces galeries sont la voie royale souvent empruntée par les racines des plantes qui s’y développent sans avoir à forcer: la route est déjà creusée! cette aubaine est triple car la racine y trouve aussi davantage d’azote et d’oxygène que dans le reste du sol. Enfin, en cas d’excès de pluie, les galeries absorbent l’eau et permettent son évacuation par drainage, bien plus facilement qu’en sol compact, non colonisé par les vers.

Et nous alors – champignons et bactéries?

Jeune amanite tue-mouche

Le sol est un monde complexe dont les agronomes n’ont pas encore percé tous les mystères. passons le rôle des cloportes, acariens, limaces… et autres insectes pour nous intéresser à deux formes de vie qui, pour nous être souvent insaisissables n’en sont pas moins captivantes et essentielles aussi, à la bonne santé de la terre. Il s’agit des champignons et des bactéries.

Les champignons ne se voient souvent que sous leur forme sexuelle (photo ci-dessus: jeune amanite tue-mouche) mais ils sont aussi présents dans le sol sous la forme de filaments dits mycéliens. Il est possible de se faire une idée de leur importance lorsque l’on sait que leur longueur totale peut atteindre 10 000 km dans le volume de terre placé sous 1 simple m2. Leur rôle consiste à briser les molécules carbonées et à transporter l’eau et les minéraux qui s’y trouvent. Les racines de nombreux végétaux sont porteuses de filaments (mycélium) de champignons. L’association entre une racine et un champignon est à bénéfices réciproque. La plante donne au champignon une partie du sucre qu’elle fabrique; en échange les filaments du champignon explorent le sol sur une distance largement supérieure aux capacités des racines. Résultat: la plante reçoit 100 à  1000 fois plus de sels minéraux nutritifs issus de l’eau du sol! Mieux encore, les filaments mettent en relation les racines d’arbres voisins et s’échangent des informations sur leur état de santé réciproque, de l’eau, des nutriments.

Les bactéries sont étonnantes également. Il peut s’en compter… 100 millions dans un gramme de sol. Toutes petites (environ 1 millième de millimètre) elles sont très efficaces dans l’art de dégrader finement la matière organique. Elles sécrètent aussi une sorte de colle qui assure la cohésion entre les particules du sol. Enfin, entre autres qualités, elles ont parfois capables de fixer l’azote de l’air du sol, au bénéfice des plantes.

 

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